Bien-être au travail : pourquoi décaler/adapter ses horaires ?

Le World Happiness Report 2018 publié par l’ONU a déclaré la Finlande championne du monde du bonheur. En effet, il s’avère que les Finlandais sont plus en accord avec la gestion de leur quotidien que le reste du monde, notamment grâce aux horaires de travail flexibles, une pratique largement partagée dans tout le pays. L’aménagement des horaires de travail est loin de séduire simplement la Finlande. 

En France, selon l’enquête 2017 sur la qualité de vie au travail du groupe d’assurance Malakoff Médéric, 45 % des salariés pensent que des horaires de travail plus souples seraient facteurs de plus de bien-être et donc de productivité. Si la souplesse des heures de travail ne peut malheureusement s’adapter à tous les secteurs d’activité (hôtellerie-restauration, vente en boutique, service-client, etc.), il est possible de la mettre en place pour la majorité des emplois de bureaux, pour le plus grand bonheur des salariés et managers. 

Une meilleure gestion de l’équilibre professionnel / personnel

Selon Ariane Ollier-Malaterre, professeure au Département d’organisations et de ressources humaines de l’Université du Québec à Montréal, « Les horaires flexibles sont bien meilleurs pour les employés ; cela leur permet notamment de s’organiser en fonction de leurs propres contraintes.»

En effet, par exemple, pas toujours facile pour les parents-employés de jongler avec les horaires liés à leurs enfants (crèche, école, activités extra-scolaires…). Ces différents impératifs peuvent être sources de stress et facteurs de manque de concentration. Outre, le fait de pâtir sur la qualité du travail à court terme, ces obligations peuvent à long terme être génératrices de maladies professionnelles comme le burn-out. Or, arrêts de travail et activité professionnelle sont très liés. L’enquête 2017 sur la qualité de vie au travail de Malakoff Médéric montre qu’un salarié estimant avoir une très bonne qualité de vie au travail (note de 8 à 10) est moins sujet aux arrêts maladie (- 37 %). D’autant plus que les arrêts de travail sont un véritable manque à gagner pour l’entreprise. Selon la même étude, en France, ils sont équivalents à 43 emplois à temps plein pour une entreprise de 1 000 salariés. 

Les horaires flexibles sont bien meilleurs pour les employés ; cela leur permet notamment de s’organiser en fonction de leurs propres contraintes.

Si on en croit le Monde, cette stratégie d’horaires flexibles est l’une des marques de fabrique de nombreuses entreprises allemandes. Ebm-Papst, l’un des leaders mondiaux des systèmes de ventilation industrielle a choisi de proposer à ses salariés de choisir leurs horaires afin « de passer d'une culture de la présence à une culture du résultat ». En 2014, le groupe a supprimé les horaires pour les salariés hors chaîne de production, leur imposant une présence minimum de quatre heures par jour. Cette année, ils ont passé une étape en proposant d’adapter les horaires de travail aux salariés comme bon leur semble. 

Par ailleurs, cette flexibilité n’est pas seulement intéressante pour les salariés parents. En effet, elle peut être gage de bien-être pour tous. C’est le pari qu’a choisi de faire SNCF Transilien en travaillant aux côtés d’entreprises et d’institutions publiques présentes en Ile-de-France. Partant du constat que certains axes recevaient 250% de voyageurs en trop à l’heure de pointe et qu’un voyage dans de telle condition pouvait être facteur de stress, l’entreprise ferroviaire a choisi de consulter les entreprises. Depuis 2015, elle travaille avec SFR à la Plaine Saint Denis et propose aux salariés de travailler de 7h à 15h au lieu de 9h à 17h. Outre le fait d’éviter la pointe dans les transports, ces horaires permettent aux employés du groupe de profiter de leur après-midi au travers d’activités culturelles et sportives à des moments de la journée bien moins chargés. Les difficultés lors des trajets sont loin d’être spécifiques à l’Ile-de-France. D’après l’étude de Malakoff Médéric, 48 % des salariés interrogés jugent leurs conditions de trajet compliquées. Dès lors, décaler même d’une heure le début de la journée, peut améliorer le quotidien de vos équipes. 

En interne, la SNCF pratique également pour les employés de bureau, le principe de la « journée courte ». Elle permet aux employés de travailler une heure de plus par jour en semaine et de partir plus tôt le vendredi leur offrant ainsi la possibilité d’un week-end un peu plus long et reposant. 


L’autonomie comme marque de confiance envers ses salariés

« Les horaires à la carte donnent à la personne un sentiment d'autonomie qui la valorise et augmente son estime de soi. » d’après Jérôme Tougne, psychologue du travail.

Bon à savoir, puisque l’autonomie est revendiquée en France. En effet, selon l’enquête « Work organisation and employee involvement in Europe » d’Eurofound en 2013, 31 % des Français interrogés estiment pouvoir influencer des décisions importantes dans leur travail contre 40 % en moyenne dans les pays de l’Union européenne. Or, une stratégie d’entreprise proposant plus d’autonomie à ses salariés se révèle généralement payante. Ainsi, selon l’institut Gallup, les structures donnant de l’autonomie à leurs salariés augmentent leur productivité (+ 21 %). L’exemple de Chronoflex, aujourd’hui Inov’On, en est la preuve. Un an après la mise en place d’un « management décomplexé », en 2009, la marge de l’entreprise a explosé. 

Les horaires à la carte donnent à la personne un sentiment d'autonomie qui la valorise et augmente son estime de soi.

De plus, l’autonomie permet à chacun de se gérer en fonction de ses capacités. Certaines personnes, plus du matin pourront avancer plus vite dans leurs tâches quotidiennes en commençant une ou deux heures plus tôt. Elles s’éviteront alors de nombreuses difficultés de concentration plus tard dans l’après-midi pouvant générer des retards sur leurs projets. 


Marque-employeur : améliorer l’image de l’entreprise

La flexibilité du travail peut également se transformer en un axe de communication marque-employeur, notamment auprès des jeunes diplômés. En effet, selon une étude menée par le groupe Adecco et Linkedin dans 38 pays, « 82% des 18-26 ans qui occupent un emploi flexible aspirent à un emploi indépendant, 89% y voyant un parcours de carrière à long terme ». Dès lors, proposer des horaires plus « à la carte » apparaît comme un un avantage comparatif pour une entreprise et permet d’attirer et de fidéliser les jeunes talents. 

Ils donnent l’image d’une entreprise aux pratiques managériales innovantes et dont les relations entre collaborateurs sont basées sur la confiance. Label de qualité de vie au travail, la confiance est un indicateur clé pour mesurer la bonne ambiance qui règne dans une tribu.  

82% des 18-26 ans qui occupent un emploi flexible aspirent à un emploi indépendant, 89% y voyant un parcours de carrière à long terme

Do’s et Don’t de la flexibilité des horaires : 

Do’s :

  • Proposer des horaires de travail avec un cadre : pour éviter une trop grande disparité des horaires entre les équipes, proposez aux différents collaborateurs des plages horaires d’entrée et de sortie plus ou moins étendues. 
  • Demander aussi aux différents salariés travaillant ensemble de se partager entre eux leur emploi du temps. Ainsi, ils pourront se caler entre eux, de manière autonome, pour leurs réunions et leurs points. 
  • Développer le télé-travail afin d’éviter les pertes de temps dans les transports en commun. 
  • Adapter la charge de travail : selon une étude menée en 2016 par les sociologues Yvonne Lott et Heejung Chung, les salariés bénéficiant d’horaires flexibles ont tendance à faire des heures supplémentaires. Dès lors, vous perdez le bénéfice « bien-être » lié à l’équilibre vie professionnelle et vie personnelle. Définissez donc bien avec vos collaborateurs les objectifs ainsi que les deadlines pour éviter des pics de stress. 
  • Dans l’évaluation des résultats, prendre en compte les données externes à l’entreprise. En cas de crise, par exemple, il se peut que les objectifs ne soient que partiellement atteints sans pour autant être liés aux horaires aménagés. 
  • Mettre l’accent sur la formation interne : pour offrir aux équipes un cadre de travail optimal avec des horaires flexibles, il convient de les aider à devenir plus autonomes en leur apprenant à prendre en main des logiciels de travail partagé, de gestion d’emploi du temps, etc. 


Don’t : 

  • Faire pointer vos employés : horaires adaptés et autonomie vont de pair. En demandant à vos salariés de pointer, ils auront l’impression d’être contrôlés. Dans une démarche de confiance, demandez-leur à la fin du mois leur relevé d’heures supplémentaires. Si vous vous apercevez que celui-ci est très important, n’hésitez pas à voir avec lui ou elle, les points de difficultés rencontrés dans le travail. Vous pourrez ensuite adapter les objectifs ou lui proposer une formation, etc. 
  • Oublier le droit à la déconnexion. Horaires adaptés et télé-travail n’impliquent pas que vos salariés sont à disposition. Si vous avez besoin de les joindre, référez-vous au planning qu’ils vous ont donné afin de les joindre sur leurs heures de travail. 
  • Négliger l’espace de travail : qui dit « horaires aménagés » ne dit pas pour autant que le bureau ne sera plus fréquenté. Donnez envie à vos salariés de venir travailler dans un cadre agréable, bien décoré et où il est facile de prendre des pauses. Investissez dans les détails, changez par exemple le distributeur de snacks par un panier de fruits frais bien meilleurs pour la santé, donc pour le bien-être de vos équipes. 


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Rédaction : Caroline

Photo : WTTJ

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