SÉRIE D'ÉTÉ - Travail/vie privée : quels pays trouvent l’équilibre ?

La technologie promettait d'offrir plus de temps libre aux travailleurs. Mais ce n’est pas ce qui s'est passé. Au contraire, de nombreux travailleurs sont aujourd'hui de plus en plus absorbés par leur travail. Ils restent connectés après avoir quitté le bureau. Et même quand ils sont en vacances.
Un travailleur heureux travaille mieux. Alors, quels pays arrivent le mieux à concilier productivité, satisfaction au travail et équilibre travail/vie privée. Comment s'en inspirer ? 

Pourquoi s’intéresser à « l’équilibre travail/vie privée » ?

Dans une société obsédée par les start-ups et par ceux qui se hissent au sommet grâce à leur seul travail, difficile de concevoir qu’il puisse être dangereux de laisser le travail « devenir sa vie ». Ceux que leur métier passionne, gomment volontiers la ligne qui sépare le privé du professionnel (et écrivent des livres pour en parler). Mais pour la plupart d’entre nous, ce sont les exigences du métier et l’envie de faire mieux que les collègues, qui nous obligent à faire des heures supplémentaires.

Si les réussites professionnelles contribuent assurément à notre épanouissement personnel, nos limites physiques nous empêchent d'être à la hauteur de nos ambitions. Les tasses de café nous donnent peut-être un sentiment d’invincibilité, mais le manque de sommeil et le stress dus au travail peuvent entraîner divers problèmes physiques et psychiques. Et le risque est réel : en ce début d'année, l’épuisement professionnel ou burnout a officiellement été reconnu comme une « maladie professionnelle » par l’Organisation mondiale de la santé. Non content de gâcher les vacances en famille tant attendues, celui qui est toujours pendu à son téléphone « pour le boulot » se ruine aussi la santé ! Le travail, c’est la santé, ne rien faire c’est parfois ... une nécessité. 

Alors voici quelques conseils pour tous ceux qui veulent éviter le burnout à leurs employés (ou à eux-mêmes).

Quels pays trouvent l’équilibre ?

Concilier vie professionnelle et vie privée, ça veut dire conjuguer de manière gratifiante son travail, ses obligations familiales et sa vie personnelle. Il est impossible de déterminer exactement combien d’heures de temps libre sont nécessaires pour une vie épanouie, mais certains pays semblent avoir trouvé un équilibre. En fait, l’Europe est plutôt une bonne option pour ceux qui veulent soigner leur obsession du travail. Dans l’Indicateur du vivre mieux de l’OCDE, qui met en balance le temps passé au travail et celui consacré à d’autres activités, les dix pays où l’équilibre travail/vie privée est le meilleur, sont tous européens. Totally Money (TM) a mené une enquête similaire, qui confirme cette écrasante victoire avec des indicateurs plus nombreux, tels que le bonheur, la productivité, le coût de la vie et le salaire mensuel moyen.

En se penchant sur les caractéristiques des pays les mieux classés, on peut découvrir les ingrédients principaux d’une vie équilibrée :

  • Éviter les horaires de travail trop lourds (plus de 50 h) : Seulement 30,3 heures, voilà la durée de la semaine de travail aux Pays-Bas, la plus courte du monde. Pourtant, ça n’empêche pas le pays d’être le deuxième pays le plus productif au monde, derrière la Belgique, où l’on travaille en moyenne sept heures de plus par semaine. Les champions toutes catégories de « la bonne vie », les pays scandinaves, se situent entre les deux : entre 36,7 et 32,9 heures de travail par semaine en moyenne. D’autres pays bien classés, tels que la France et l’Espagne, ont des semaines plus longues (respectivement 37,3 h et 38 h), mais les pauses déjeuner peuvent y durer jusqu’à deux heures, contre seulement une demi-heure au Danemark. Des règles strictes sont également en place dans tous les pays les mieux classés afin de limiter les heures supplémentaires. Ainsi, seuls 0,4 % des travailleurs néerlandais font des heures supplémentaires, contre une moyenne mondiale de 11 %, selon les estimations de l’OCDE. Les heures sup’ ne sont pas tout à fait aussi rares en Norvège (3 %), en Suède (4 %), en Belgique (5 %), en Autriche (7 %) ou en France (8 %).
  • Avoir du temps libre : Des horaires de travail raisonnables devraient théoriquement laisser aux employés suffisamment de temps pour s’occuper d’eux-mêmes et de leurs familles. Dans les pays les mieux classés, les employés déclarent avoir entre 8 h et 9,3 h de temps libre par jour, la France et l’Espagne se partageant la palme. Tout comme leurs homologues scandinaves et australiens, les travailleurs français ont droit à 25 jours de congés payés par an. Sans compter les jours fériés : tous les pays du top-10 de TM en comptent au moins 11 et jusqu’à 14 pour la Suède. Les Espagnols peuvent prendre au moins 30 jours de congés par période de 12 mois, plus 10 jours fériés ou plus, selon les régions.
  • Subvenir aux besoins d’une famille : La capacité d’avoir une famille et de subvenir à ses besoins est une condition évidente d’un bon équilibre entre travail et vie privée. Dans le pays le plus heureux du monde, la Finlande, les nouvelles mamans bénéficient de conditions exceptionnelles : les deux parents peuvent se partager 161 semaines de congé avec 25 % du salaire, ce qui équivaut à 40 semaines à taux plein. Le cas de la Suède, qui permet aux citoyens suédois d’accéder facilement aux prestations parentales grâce à une application, a été mis en avant par l’OCDE. L’Autriche, elle, s’est fait remarquer pour ses services de garde d’enfants peu chers et de bonne qualité, financés par des aides.

Ce que les législateurs oublient

Sur le papier, l’Union européenne fait bien mieux que des pays où les salariés sont souvent exploités, comme les États-Unis ou le Japon. Mais elle peut encore faire mieux. Au-delà des problèmes que posent les heures supplémentaires non déclarées, la grande question est de savoir quand la journée de travail se termine vraiment. La plupart des études ne tiennent pas compte de la part (importante) du « temps personnel » qui est troublée par des appels et des e-mails de travail. En 2017, la France a fait les gros titres en devenant la première juridiction du monde à s’attaquer au problème. La « loi El Khomri » a créé un « droit à la déconnexion » qui permet aux employés d’ignorer les communications professionnelles en dehors de leurs heures de travail, y compris lorsqu’ils sont en congé parental.

Mais cela signifie-t-il que les Français peuvent éteindre leurs appareils dès l’instant qu'ils quittent le bureau ? Pas tout à fait. La loi ne fait qu’encourager les employeurs et les employés à se mettre d’accord sur le niveau de connectivité qui est attendu. En l’absence d’un mécanisme de sanctions, il revient aux tribunaux de décider au cas par cas de ce qui constitue un abus. L’été dernier, la Cour de cassation a créé un précédent important en confirmant l’attribution de 60 000 euros de dommages et intérêts à un ancien employé qui était forcé de rester connecté après son travail. Toutefois, du fait de sa nature non contraignante, on peut douter que cette loi améliore vraiment l’équilibre travail/vie privée des travailleurs français. C’est dire s’il est difficile de réguler la « connectivité à outrance » ! 

Le travail est mondialisé, ce qui exige d’être joignable dans plusieurs fuseaux horaires. En conséquence, de nombreuses entreprises sont réticentes à fixer des horaires de déconnexion. Et puis, les employés se sentiront toujours obligés de répondre à leur manager, à moins qu’on ne leur dise explicitement de ne pas le faire. Mais il y a de l’espoir : certaines entreprises veulent donner l’exemple et limiter les effets néfastes de la culture du « toujours connecté ». En Allemagne, cela fait déjà quelques années que Volkswagen et Daimler ont mis en place des mesures comme la suppression automatique des e-mails de leurs employés qui sont en vacances.

En conclusion, l’avenir s’annonce prometteur pour les travailleurs européens. À l’heure où de plus en plus d’entreprises testent avec succès la semaine de quatre jours et le télétravail, le droit à la déconnexion des Français témoigne d’une transition très attendue dans notre manière de voir le travail et l’entreprise. Dans le même temps, comme l’automatisation galopante continue de détruire des emplois, la perspective d’une dystopie où il n'y a plus de travail constitue un défi sans précédent, tant pour les champions que pour les cancres de l’équilibre travail/vie privée – un défi que nous ne pourrons relever qu’en faisant évoluer nos mentalités.


Article en collaboration avec Are We Europe

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Rédaction : Anna Jelezovskaia

Illustration : Eddie Stok

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