Rush Hour: How 500 million commuters survive the daily journey to work de Iain Gately

Les déplacements pendulaires, vous connaissez ? Dans son livre Rush Hour: How 500 million commuters survive the daily journey to workIain Gately retrace l'histoire et dresse les enjeux de ces mouvements quotidiens, entre lieu privé et lieu de travail. 

Parcourir une certaine distance entre la maison et le lieu de travail, ce que l'on appelle aussi le « déplacement pendulaire », a longtemps établi une séparation physique entre le travail et la vie privée. C'est une réalité que beaucoup d'entre nous connaissent et trouvent parfaitement normale. Aller au travail et en revenir fait maintenant partie du quotidien d'au moins un demi milliard de personnes sur la planète.

Pourtant, l'histoire des déplacements pendulaires est bien plus récente—et fascinante—que l'on pourrait croire. Dans Rush Hour: How 500 million commuters survive the daily journey to work (non traduit) (2014) [Rush Hour [Heure de pointe] : Comment 500 millions de voyageurs survivent au trajet quotidien pour aller au travail], Iain Gately propose la première analyse approfondie de l’histoire de ces déplacements pendulaires. Il en retrace le passé, décrit le présent et imagine son avenir. Il décrit les expériences contrastées des voyageurs : depuis les employés entassés dans le métro de Tokyo jusqu’aux cadres moyens américains agressifs au volant.

D'après Gately, les transports pendulaires ont dicté le développement des villes, se sont avérés essentiels pour les nouvelles technologies et ont offert une vie meilleure à des millions d'individus. Ils ont aussi influencé la façon dont nous travaillons et organisons nos activités. Autrefois, il n'y avait aucune séparation entre le travail et la vie privée : paysans, artisans et même les premiers travailleurs ouvriers vivaient là où se trouvait leur travail. La révolution ferroviaire du XIXe siècle a transformé l'organisation spatiale du travail. Puis, la révolution automobile a créé les banlieues et façonné notre culture moderne.

Les déplacements pendulaires sont actuellement décrits comme un fléau et une source de pollution. Mais l'étude que Gately a faite de cette pratique est très largement positive. Nous sommes, d'après lui, comme les chasseurs-cueilleurs, biologiquement programmés pour nous déplacer entre nos terres de chasse et nos foyers. Et si en fait, nous en avions besoin ? Cette histoire passionnante nous fournit une perspective à ne pas rater sur une pratique quotidienne que nous avons tendance à considérer comme allant de soi et que nous percevons de façon négative. « Vous connaissez bien peu votre propre chance ; car voyager heureux est une meilleure chose que d'arriver », a écrit R. L. Stevenson.

« Le déplacement pour aller au travail nous donne le temps de 'préparer un visage pour être à la hauteur des visages que vous rencontrez', et nous permet d'éviter d'être liés au sol ou piégés dans une ville. Au lieu de nous plaindre des déplacements, nous devrions plutôt raviver l'esprit pionnier qui a inspiré la première génération de banlieusards. »

- Iain Gately dans Rush Hour 

Les déplacements pendulaires : tout a commencé par la révolution ferroviaire britannique 

L'histoire des déplacements pendulaires est étonnamment récente. Au XIXe siècle, alors que les épidémies de choléra frappaient les taudis dans lesquels les ouvriers vivaient confinés, et que les adultes avaient une espérance de vie de 35 ans, Londres est devenue de moins en moins habitable, et les riches ont développé un désir « de séparer le foyer des terres de chasse — de vivre en un lieu sain et de travailler là où c'était le plus profitable ». La pratique des déplacements pendulaires a été rendue possible par une nouvelle technologie : les transports à vapeur.

À partir des années 1830, en cinquante ans, le chemin de fer a transformé la Grande-Bretagne, puis le reste du monde industriel (à commencer par la côte est des États-Unis). Au départ, les trains étaient principalement conçus pour le transport des matériaux et des marchandises, mais rapidement le transport de passagers a pris son essor. D'un million de voyages de passagers en 1840, le chiffre a grimpé à 154 millions en 1860 et 316 millions en 1870. Les transports pendulaires avaient commencé.

Les premiers banlieusards - les pionniers - étaient éduqués et riches. Ce sont eux qui ont transformé les villes, l'espace et notre définition du temps. « La ponctualité était une obsession pour les premiers voyageurs : ils ont dû changer la façon dont ils appréhendaient le temps (...) Avant l'apparition du chemin de fer, seuls les princes étaient censés être ponctuels. Les plupart des Britanniques divisaient leurs journées en matinées et après-midis plutôt qu'en heures et minutes. » « Les trains avaient besoin de fonctionner à une heure standard, ne serait-ce que pour éviter les collisions. » C'est ainsi que la plupart des opérateurs ont adopté les 'heures ferroviaires', c’est-à-dire l'Heure Moyenne de Greenwich (GMT). Les personnes qui suivaient encore l'heure de leur village rataient le train, tandis que celles qui ne voulaient pas le louper, ont acheté une montre. À ce moment-là, les scientifiques se sont demandé si cette nouvelle peur d'être en retard ne coûterait pas aux gens leur tranquillité d'esprit.

Les transports pendulaires ont aussi transformé les normes sociales. Dans les trains, un nouveau code du silence s'est développé parmi les voyageurs. En effet, les trains mélangeaient toutes sortes de personnes, mais les Victoriens étaient « extrêmement conscients de leur appartenance à une classe » et ne voulaient pas prendre le risque d’être un peu trop familier avec quelqu'un d'une classe inférieure. Lorsqu'il y avait conversation, le code stipulait que la connexion devait prendre fin avec le voyage. Une autre solution était de lire des livres et des journaux pour ne parler à personne, c'est ainsi que les chemins de fer ont provoqué une augmentation de l'alphabétisation au Royaume-Uni. De nouvelles chaînes de magasins telles que W.H. Smith ont commencé à prospérer, et les maisons d'édition les ont fournies en éditions spéciales pour les trains.

Les chemins de fer ont commencé à modifier les tendances d'habitat en Grande-Bretagne. Les banlieusards rêvaient de lieux meilleurs pour élever leurs enfants. Les déplacements quotidiens, « ont redessiné la carte, ce qui a profité à certains lieux aux dépens d'autres. » Ces premiers banlieusards ont développé une nouvelle passion pour les jardins et les espaces extérieurs. Ainsi a été créé le mode de vie des banlieues britanniques. « Entre 1877 et 1904, chaque champion de Wimbledon était britannique, la plupart d'entre eux étaient les enfants de banlieusards. »

Alors que la fin du XIXe siècle approchait, de plus en plus de personnes pouvaient se permettre les déplacements pendulaires. Les banlieues de Londres ont connu une croissance de 50 % à chaque décennie entre 1861 et 1891. Cette croissance était soutenue par la création de chemins de fer sous-terrains dont la première ligne — la ligne de Paddington à Farringdon — a été construite au début des années 1860. Les lignes souterraines ont transformé Londres dans un rayon de 45 kilomètres. « La séparation du travail et de la maison était devenue une nouvelle norme pour la tranche moyenne de la société britannique, tout comme les déplacements pendulaires qui les reliaient. »

Pour les ouvriers et travailleurs pauvres, le changement a pris plus du temps. La plupart des ouvriers « étaient encore entassés les uns sur les autres dans des logements insalubres dans les centres-villes, ou dans des immeubles à distance de marche de leurs lieux de travail. » Les choses ont commencé à changer dans les années 1880, après la décision des politiques de rendre les trains plus disponibles aux masses afin de régler le problème de l'habitat. Le Cheap Trains Act de 1883 a été le premier pas.

La révolution automobile a donné une seconde vie aux déplacements pendulaires

De nouveaux modèles d’automobile ont été développés dans de nombreux pays mais la révolution automobile a surtout été une révolution américaine. « En 1900, des automobiles étaient produites en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne, elles servaient plus de jouets pour les riches que de véhicules fonctionnels pour le travail. Leur transformation d'un 'luxe pour le petit nombre en moyen de transport pour le grand nombre' s'est produite en Amérique. » Le Modèle T d'Henry Ford a rendu les voitures accessibles aux travailleurs. En 1920, les déplacements pendulaires en automobile ont commencé. Cela a donné aux gens un sens inégalé de liberté et cela a libéré les villes du problème de la pollution équine. Dans la ville de New York, les chevaux produisaient chaque jour 900 000 kilogrammes de fumier et 270 000 litres d'urine ! Et les cadavres de chevaux bloquaient les rues.

De nouvelles infrastructures, de nouvelles règles, de nouveaux codes et de nouveaux règlements ont été développés. La conduite a dû être apprise, enseignée et coordonnée. De nouvelles routes, de nouvelles stations de ravitaillement et de nouveaux espaces de parking ont dû être créés.  Dès 1939, les voitures étaient devenues le premier moyen de transport pendulaire en Amérique (aux dépens des transports en commun). La croissance des banlieues s'est accélérée après la Seconde Guerre Mondiale : « près de quatre millions de nouvelles maisons ont été construites entre 1946 et 1951, la plupart d'entre elles avec l’idée que leurs propriétaires iraient au travail en voiture. » Les garages sont devenus une caractéristique incontournable de l'architecture moderne.

Les nouvelles banlieues, créées pour offrir une vie meilleure, ont rapidement été critiquées comme étant « ennuyeuses » et « uniformes ». L'historien Lewis Mumford les décrivait comme « une multitude de maisons uniformes et impossibles à identifier, alignées avec rigueur à distances uniformes, au bord de routes uniformes, dans un gâchis communal sans arbres, habitées de personnes de la même caste, de même revenus, (qui mangent) les mêmes aliments préfabriqués insipides, provenant des mêmes congélateurs, se conformant en tous points extérieurs et intérieurs à un moule commun. » Tandis que les banlieues s'élargissaient et s'étendaient, la congestion faisait des déplacements pendulaires une expérience très statique à l'heure de pointe.

Les déplacements pendulaires en voiture se sont développés plus lentement dans les autres pays, en raison d'obstacles culturels et infrastructurels. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, conduire a fini par devenir le principal mode de déplacement pendulaire dans le reste du monde, mais des alternatives à deux roues se sont aussi développées : vélos et Vespas en Italie, motos « camarade » en Chine, etc. Aujourd'hui, en Grande-Bretagne, « aller au travail en vélo, c’est la forme de déplacement pendulaire qui se développe le plus rapidement. » Et ce sont les cyclistes qui s'expriment le plus positivement sur leurs déplacements.

L'enfer des déplacements pendulaires

Aujourd'hui, les déplacements pendulaires ont mauvaise réputation. Pour ceux qui les réalisent en train et en métro, l'heure de pointe est devenue synonyme de « crush loading », c’est-à-dire d’entassement les uns sur les autres. « Comment pouvons-nous tolérer et même nous soumettre volontairement à cet entassement dans des espaces que l’on jugerait inadaptés pour des cochons ? » La réponse se trouve dans le trio « s'immobiliser, se battre ou fuir. » « Dans certaines circonstances, plutôt que de fuir ou de se battre, rester immobile et essayer de minimiser sa présence physique est la meilleure des réponses. De nombreuses espèces animales 'font les mortes' lorsqu'elles sont menacées. » Mais il y a une autre explication intéressante : en fait, par le biais d'un phénomène connu sous le nom de « résilience collective », nous pouvons finalement être unis et abandonner notre sens du moi. Les cas de catastrophes en sont une parfaite illustration. Par exemple, en 2005, au cours des attaques terroristes à la bombe à Londres, les utilisateurs du métro se sont entraidés.

Selon les cultures, on ne tolère pas les mêmes niveaux quotidiens de surpopulation. Au Japon, le crush loading est bien plus extrême qu'en Europe. Et les problèmes que cela entraîne sont extrêmes aussi : harcèlements sexuels et suicides sont courants. En Inde, les trains les plus bondés au monde provoquent chaque jour des douzaines de décès rien qu’à Mumbai, et le harcèlement sexuel public est une épidémie nationale, à laquelle les autorités essaient de faire face avec des trains réservés aux femmes.

Le deuxième phénomène qui rend les déplacements pendulaires infernaux sont la congestion des routes et l'agressivité au volant. « La congestion des routes est la contrepartie du crush loading pour les personnes qui voyagent en voiture. » Les gens dans leurs voitures se comportent de façon très différente de ceux qui circulent en train. Ils voient leurs voitures comme un territoire personnel qui doit être défendu, ce qui « signifie que les voyageurs en voiture sont bien plus enclins à devenir violents que les passagers des transports en commun. » « L’idée selon laquelle l'agressivité au volant est un type de colère, provoqué par la congestion, a attiré une attention toute particulière en Amérique, où les citoyens sont autorisés à porter des armes à feu et où le risque que la violence routière débouche sur le meurtre est bien plus grand. » De nombreux conducteurs achètent de plus grandes voitures pour mieux se défendre, ce qui aggrave d'autant plus la congestion. Les ventes de gros SUV étaient très importantes au cours des années 1990 et 2000 : « à l’âge de l'agressivité au volant, les conducteurs voient leurs véhicules comme des 'voitures blindées pour le champ de bataille'. »

Mais si les déplacements pendulaires nous rendaient encore heureux ?

Chaque étude part du principe que les déplacements pendulaires ne sont que négatifs, mais l'auteur suggère qu'ils répondent à notre nature de chasseurs-cueilleurs. En fait, il se pourrait bien que nous aimions ces déplacements. Ils nous ont offert d'extraordinaires opportunités et ils ont satisfait nos aspirations à une vie meilleure. Beaucoup de voyageurs aiment leurs allers-retours quotidiens car ils leur fournissent l’occasion de penser, discuter, écouter de la musique, lire, dormir et obtenir des connaissances de première main sur leurs alentours. « Les gens qui vivent en ville ne peuvent jamais se reposer » ainsi, les banlieusards, qui alternent entre différents types d'environnements (avec un peu de verdure), profitent de plus de moments de relaxation et de méditation que les purs citadins.

La consommation de ces voyageurs du travail est source d'innovation. « Le désir de gadgets portables, miniaturisés et connectés a tiré l'innovation dans de nombreux domaines.». Ils ont été les premiers à se servir de téléphones portables, à envoyer des SMS, à utiliser des émoticônes, à déclencher le développement de nouvelles formes de divertissement, à transformer nos habitudes alimentaires, etc. Et les goûts des voyageurs « deviennent mainstream ». De nombreux secteurs d’activité sont dédiés à ces voyageurs du quotidien. 

Aujourd'hui, de nombreux experts prédisent que le travail à distance et le télétravail rendront les déplacements pendulaires obsolètes. Mais Gately ne croit pas que cela soit vrai. Le temps en face à face et « l'espace » qui se situe entre le travail et la maison resteront essentiels. Les déplacements virtuels ne sont pas aussi écologiques que leurs partisans le font croire, car les coûts environnementaux des centres de données sont plus élevés que ceux des transports physiques. « Les gens vont au bureau pour bavarder tout autant que pour travailler. » « Leur emploi est parfois la seule partie de leur vie atomisée qui leur permet encore de participer à des rituels communs. » C'est pourquoi les entreprises de technologie de la Silicon Valley sont convaincues que le temps en « présentiel » est très important : elles font tout pour que leurs employés aillent au bureau et y restent. Elles ont transformé leurs bureaux en petits paradis. Elles offrent les meilleurs snacks gratuits pour encourager leurs employés à se lier à leurs collègues. Demain, les transports pendulaires pourraient bien être à nouveau transformés par des voitures autonomes et offrir encore plus de temps de loisir aux voyageurs ...


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Rédaction : Laetitia Vitaud

Illustration : Pablo Grand Mourcel

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