La Malédiction de Vinci de Leonardo Lospennato

Notre épisode 8 devrait intéresser toutes les personnes « multipotentielles ». La Malédiction de Vinci fournit un guide de projet de vie pour les gens ayant « trop de centres d’intérêts et de talents ». Dans un monde qui offre un accès à la connaissance, à l’éducation et à l’art sans précédent, de plus en plus de personnes se débattent dans cette multitude de choix dès lors qu’il s’agit de trouver et de se consacrer à un projet, un loisir ou un travail. Tandis que certains réussissent effectivement à maîtriser plusieurs disciplines différentes au cours de leur vie, d’autres perdent leur temps à essayer trop de choses et au final, n’accomplissent rien.

La multipotentialité semble être de plus en plus répandue parmi les talentueux du millénaire (et pas seulement du millénaire), donc les responsables RH cherchant à recruter, conserver et gérer des employés talentueux devraient être familiarisés avec le concept et comprendre les tensions internes de ceux qui luttent contre la profusion des choix possibles. Etant donné que le monde professionnel appartient encore aux spécialistes, les généralistes multitalentueux trouvent souvent difficile d’exploiter professionnellement leurs talents et intérêts multiples.

Leonardo Lospennato—son nom l’a sans doute prédisposé à s’intéresser de très près à Leonard de Vinci !—est un « Maudit de Vinci » (MDV) autoproclamé, un multipotentiel faisant de son mieux pour tirer le meilleur de ses intérêts trop nombreux. Ingénieur informaticien de formation, il est devenu luthier, éditeur d’un magazine et auteur. Il a écrit La Malédiction de Vinci en 2012 afin d’aider les autres MDV à tirer profit de leur « malédiction ». Son livre offre de précieux conseils sur comment choisir ses activités, trouver une mission professionnelle et réorganiser ses priorités. Il peut aussi aider les professionnels des RH à travailler avec les talents multiples dont ils sont responsables. 

« L’inconsistance est le compagnon obscur de ceux qui essaient de suivre trop de routes en même temps. »

« Le temps est la ressource rare par excellence. L’argent va et vient, l’amour va et vient, et la chance va et vient. Mais le temps ne fait que s’en aller. » - Leonardo Lospennato dans La Malédiction de Vinci. 

Qu’est-ce que La Malédiction de Vinci ? 

Les symptômes décrits par Lospennato sont très familiers à beaucoup d’entre nous et sont de plus en plus communs : intérêts multiples (et parfois contradictoires), des flambées d’enthousiasme qui faiblissent rapidement, et le sentiment que l’on n’accomplit pas vraiment quoi que ce soit. Les personnes ayant des intérêts et talents multiples pensent souvent avoir besoin de « grandir » et de trouver leur « vocation » - à savoir une profession qu’ils pourront garder pour le reste de leur vie. Bien sûr, ils ne la trouvent que rarement et se reprochent cet échec.

L’expression « Malédiction de Vinci » est une invention de Lospennato. Elle fait référence au « multipotentialisme », un concept largement connu aujourd’hui et popularisé par le célèbre discours d’Emily Wapnick sur TED. De Vinci, parmi les hommes de la Renaissance, est souvent cité comme le « multipotentiel » ultime ou polymathe (« Personne aux connaissances variées et approfondies, en particulier des connaissances en art et en science » -Wikipedia). Les polymathes, comme de Vinci, peuvent puiser dans des savoirs variés et complexes pour résoudre un problème. Et ils sont capables d’établir de précieuses relations entre différents domaines de connaissance.

La plupart des grandes personnalités de la Renaissance et des Lumières excellaient dans plusieurs domaines des sciences et des arts. Les centres d’intérêt de de Vinci comprenaient la peinture, la sculpture, l’architecture, la musique, les sciences, les mathématiques, l’ingénierie, la géologie, la poésie, la littérature, la cartographie, etc. On dit de lui qu’il est le père de la paléontologie et de nombreuses inventions lui sont attribuées, dont l’hélicoptère.

Les MDV (Maudits de Vinci) actuels sont des personnes très enthousiastes qui adorent toutes sortes de choses, ont une sensibilité esthétique développée (souvent, ils apprécient les arts et la musique), ont plaisir à de nombreux passe-temps et ont changé de carrière plus d’une fois au cours de leur vie professionnelle. Ils sont de plus en plus nombreux. « Durant les siècles passés, seuls quelques privilégiés pouvaient lire et écrire ; aujourd’hui, n’importe qui vivant dans le monde libre peut chercher ce qu’il veut sur Google ».

Pourquoi être un MDV pose souvent problème ?

Tout d’abord, dans un monde où les options sont nombreuses, où l’information est excessivement abondante et où les activités stimulantes sont inépuisables, être un MDV n’est pas toujours une bénédiction. Plus vous avez d’options, plus il est difficile de choisir et plus vous allez perdre du temps et rester superficiel. Les MDV luttent souvent contre l’inconsistance, la frustration et l’insatisfaction. Ils dérivent d’une activité à l’autre, sans accomplir grand-chose. Leur hyperactivité se transforme souvent en trouble de déficit de l’attention. Ils peuvent aussi souffrir de dépression.

Ensuite, le monde professionnel récompense largement les spécialistes. A l’époque de de Vinci, ceux qui possédaient de larges connaissances pouvaient diriger et devenir les puissants serviteurs des Princes et des Rois. Aujourd’hui, seules les personnes hautement spécialisées peuvent espérer obtenir de la reconnaissance professionnelle. « La quantité de données mondiales double en quelques années. » Ainsi, être très spécifique est la seule manière d’être original. Il n’y a pas de place pour les « touche-à-tout » (dont les connaissances sont superficielles). Il y a encore peu, les MDV pouvaient viser des positions managériales afin de mettre en application plusieurs de leurs talents multiples, mais aujourd’hui, même ces postes sont occupés par des spécialistes (spécialistes du management).

Lorsqu’il est question de quête de sens, les MDV sont des précurseurs

Cependant, la frustration et l’insatisfaction que ressentent les MDV est essentielle : elles déclenchent une quête de sens, indispensable à notre santé mentale. « La quête de sens peut susciter plus de tensions internes que d’équilibre. Toutefois, une telle tension est un indispensable prérequis de santé mentale ». Et les MDV consacrent beaucoup d’énergie à la quête de sens en action.

C’est en action que la quête de sens est la plus pertinente. Comme Victor Frankl, psychiatre et survivant à l’holocauste, l’écrit dans Découvrir un sens à la vie : “La question du sens de la vie doit être réinterprétée non pas comme une question, mais comme une réponse exprimée dans un domaine qui transcende le langage : l’action”. La réponse se trouve dans la vie elle-même : faire l’expérience de la beauté et de la bonté, trouver l’amour, travailler et agir, et lorsque l’on souffre, se mettre au défi de changer. Le sens ne peut pas se « trouver » dans notre vie, il doit être donné à notre vie ! C’est de cela qu’il s’agit lorsque l’on parle de réalisation ou d’individuation. Et c’est ce que les MDV aspirent à faire tout le temps… (même s’ils réussissent rarement).

Le chemin vers la connaissance de soi est le chemin de l’individuation—l’intégration d’un soi fragmenté et conflictuel au sein d’un ensemble stable et fonctionnel. Le psychologue Abraham Maslow faisait référence à l’individuation comme une réalisation de soi : « le désir d’auto-accomplissement ; c’est-à-dire la tendance de l’individu à se réaliser dans ce qu’il est potentiellement », le désir de devenir tout ce qu’il est capable de devenir. Donc vraiment, être un MDV est un puissant avantage lorsqu’il s’agit d’avoir ce désir et d’essayer de trouver des réponses dans l’action.

Etre ou ne pas être VOUS

Un grand nombre de personnes traversent une période dans leurs vies où ils font face à un drame existentiel, communément appelé « crise de la quarantaine », bien qu’elle ne se produise pas nécessairement à 40 ans. Il s’agit d’un point d’inflexion que l’on ressent comme une situation où l’on a le choix entre changer ou mourir, un point dans le temps où l’on souhaite laisser tomber notre masque et emprunter le chemin vers l’individuation : « il n’y a qu’un seul succès : être capable de vivre votre vie à votre façon ».

Mais l’individuation est plus un processus de développement graduel qu’un simple événement. Cela se produit rarement comme une soudaine « révélation ». Cela se produit lorsque vous intégrez vos différentes dimensions, ce qui signifie devenir adulte. Pour réussir, une personne psychologiquement mature doit être capable de gérer l’ambiguïté, de supporter la tension des contraires, permettant ainsi à la complexité sous-jacente de se révéler. En d’autres mots, l’individuation peut plus facilement prendre forme lorsque l’on dispose d’un spectre ouvert de possibilités.

L’individuation est un processus complexe, car nous sommes souvent accablés de nombreux bagages. Carl Jung a suggéré que le plus lourd fardeau que les enfants doivent porter est la vie non vécue de leurs parents. L’individuation ratée d’un parent est transmise à ses enfants, soit sous la forme d’une répétition de la vie des parents, soit dans la surcompensation dans la direction opposée.

Lors de la crise de la quarantaine, on a le sentiment d’une perte de sens, car la douleur liée à l’absence d’authenticité génère une souffrance intense. Les MDV en font généralement l’expérience plus tôt, en tous les cas leur quête de sens les encourage fortement à en savoir plus sur eux-mêmes. 

Comment choisir parmi tant d’activités ?

Les deux principaux problèmes des MDV sont leur incapacité à faire des choix et leur inconsistance lorsqu’ils réussissent à choisir. C’est pourquoi il est essentiel de trouver des moyens de choisir et de se tenir à ces choix. Lospennato propose de faire les choses suivantes : 

  • Faites la liste de tout ce que vous aimeriez faire : ne tenez pas compte de l’argent ou d’autres contraintes, contentez-vous de lister tout ce que vous aimeriez faire ou vivre (dans des phrases verbales). Votre « inventaire de rêves » peut être réalisé sur quelques jours. 
  • Classez les éléments de l’inventaire en vous basant sur trois questions : a. A quel point ai-je envie de cela ? ; b. A quel point suis-je doué pour le faire ? ; c. Comment cela peut-il être monétisé ? La réponse à chaque question est un degré, qui servira à classer les éléments.
  • Pondérez les courbes d’apprentissage des activités ainsi que le niveau que vous souhaitez atteindre : vous pouvez être amateur, semi-professionnel, professionnel à temps complet ou chercheur sur un sujet. Cela déterminera largement vos opportunités de monétisation.

Au bout d’un moment, vous serez capable de trouver l’intersection idéale entre ce que vous souhaitez, vos talents et l’argent, et c’est là que vous devez concentrer la majeure partie de vos efforts.


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Toutes les opportunités de travail devraient être recherchées au niveau de l’intersection idéale. Mais bien sûr, il est aussi possible de réaliser d’autres activités en tant qu’amateur. Afin d’exprimer leurs talents multiples et de se réaliser, les MDV ont besoin d’un juste équilibre entre leurs différentes activités.

Il est difficile de trouver le compromis entre se concentrer sur quelque chose et chercher l’équilibre. Pour se concentrer sur quelque chose, il faut investir toute votre énergie et votre attention sur une seule chose, tandis que l’équilibre implique de distribuer cette énergie et cette attention entre plusieurs choses. Pour les MDV, trouver le bon équilibre est particulièrement complexe et tout autant essentiel. Pour eux, moins, c’est toujours plus. Lorsqu’ils choisissent ce à quoi ils veulent consacrer leur temps et leur énergie, ils devraient toujours faire moins que ce qu’ils aimeraient.

Comment mettre en ordre vos priorités ?

Si vous n’avez jamais le temps de faire tout ce qui est sur vos listes de choses à faire, c’est peut-être parce que vous ne savez pas faire ces listes de façon intelligente. Il est essentiel de trouver des critères afin d’évaluer tous les éléments en suspens sur ces listes. La priorité est un mélange entre urgence et importance. Malheureusement, nos vies modernes sont remplies d’urgences de faible importance.

Les urgences graves, à savoir les situations qui représentent un danger évident pour nous ou pour d’autres personnes, nécessitent la suspension de toutes les autres choses en attente non essentielles. Mais elles sont très rares. La plupart du temps, nous sommes noyés par les affaires quotidiennes urgentes mais non importantes, et consacrons trop peu de temps aux choses importantes non urgentes. Les points non urgents et non importants, quant à eux, sont les broutilles qui n’ont rien à faire sur votre liste.

Dès lors qu’il est question de mettre en ordre vos priorités, voici les bons réflexes à adopter : 

  • Ne travaillez pas avec un sens artificiel de l’urgence ;
  • Oubliez le facteur « wow ! » et arrêtez de toujours essayer d’épater les gens ;
  • Choisissez une voie et si possible, tenez-vous y ;
  • Ne vous servez pas du temps que vous avez gagné pour travailler plus. Le temps gagné doit être utilisé judicieusement et immédiatement.

Ne laissez pas le narcissisme se mettre en travers de votre chemin 

Le narcissisme est naturel, il est même sain… jusqu’à un certain point. Il peut devenir pathologique lorsqu’il conduit à une oscillation constante entre arrogance et haine de soi. Les symptômes d’une personnalité excessivement narcissique sont :

  • Une hypersensibilité à la critique ;
  • Un sentiment profond que tout nous est dû, mais qui n’est jamais satisfait ;
  • Un faux sens de supériorité (rien n’est jamais difficile) ;
  • Un excessif sentiment de honte généré par l’incapacité à atteindre des objectifs irréalisables ;
  • Une panique extrême à l’idée d’un défi.

Le narcissisme extrême devient dangereux « lorsque le soi imaginaire fait des chèques que le soi réel ne peut pas payer ». Cela peut causer des addictions, des dépressions ou mener à la prise de drogues. Vous pouvez modérer votre grandeur « normale » de MDV en :

  • Ayant de vraies relations avec de vraies personnes ;
  • Arrêtant de pester et de se plaindre à propos de tout ;
  • Abandonnant la quête de la perfection ;
  • Acceptant l’échec. 


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Rédaction : Laëtitia Vitaud

Illustration : Pablo Grand Mourcel

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