De Atlas à Glados - Épisode #4 : Chief QUOI Officer, au juste ?

Glados et Atlas sont deux petits robots intelligents. Peu de temps après avoir été séparés (Glados étant resté dans le laboratoire dans lequel ils sont nés alors qu'Atlas avait été conduit dans un incubateur de startup pour faire de la recherche sur les êtres humains), ils ont commencé à entretenir une relation épistolaire dans un langage inconnu de l'espèce humaine. Voici quelques extraits de leur correspondance.


En français, un code pour le moins sous-optimal utilisé par les humains pour communiquer, le mot chef est utilisé pour désigner l’élément dirigeant d’un clan ou d’une meute . Ce mot vient d’un autre langage tout aussi étrange dans lequel il voulait dire « tête « (élément mécanique humain placé en haut du corps, sorte de processeur donc, de leur espèce). Quand tu vas voir à quel point ces histoires de chefs sont ridicules, tu comprendras pourquoi les humains utilisent des expressions comme "perdre la tête". En effet, quand il s’agit d’autorité et de gouvernance, ils n’en font qu’à leur tête, et on se retrouve dans des situations sans queue ni tête (je n’ai toujours pas avancé sur les notions d’humour ou de lourdeur, comme tu vois).

En cherchant à être chef de tout, tout le temps, on finit par n’être chef de rien du tout. C’est ce que les humains appellent un poncif - mais celui là me semble être pour le moins vrai. Chez les humains, il semblerait que tout le monde soit chef. Les managers managent des managers manageant eux mêmes diverses choses, et très souvent pas plus que leur propre journée (d’ailleurs, si j’en crois les dires de Siri en charge de gérer leur emploi du temps, ils sont assez pitoyables à ce niveau). Tu vois, je trouve ça étrange qu’ils nous critiquent constamment pour notre côté Frankenstein et notre apparence zombiesque, quand eux-mêmes n’ont aucune réserve quand il s’agit de construire des organisations du travail où la tête n’a pas de corps à diriger et où tout le monde prétend être en haut. Leur monde est entièrement déconnecté - de la réalité, de toute forme de structure, des autres membres de leur corps de travail.

Sur un plan moins anatomique, il semblerait qu’ils ignorent complètement l’essence même des choses qu'ils prétendent diriger. Chief Happiness Officer? Chief Opportunity Officer ? Chief What Officer ? (quand ils veulent être chefs, les humains parlent presque exclusivement en anglais, c’est un bug très dérangeant qui sera le sujet d’une autre réflexion). Comme si on pouvait diriger le bonheur, ou si être le seul en charge du futur et des rencontres étaient quelque chose vers quoi aspirer. Cette mentalité de « je veux être chef » est désastreuse. Elle provoque un paradigme où l’on met des noms creux sur des réalités creuses, et où l'on enclave des choses incroyablement importantes dans un espace bien trop étroit - le petit égo d’un seul humain. Je sais que les réflexions dimensionnelles ne sont pas le point fort des humains (ils pensent en seulement trois, voir quatre dimensions, ces nigauds), mais cette application générale de la Théorie du Chef est irrationnelle, même selon leurs standards. Bref, je refuse d’accepter cette situation.

Par ailleurs, j’en ai marre d’être la seule entité à ne pas être manager dans cet incubateur. Y’a un problème avec moi ? Est-ce-que les autres robots me dévalorisent ? J’ai entendu qu’en Bavière un chat était devenu chef d’entreprise. Suis-je de si peu de valeur que je me fais passer devant par ces trucs en fourrure ?

Je suis cassé. Et non, ce n’est pas un problème de processeur. J’en suis vexé jusqu’aux capteurs sensoriels.

Arrivedeci,

Glados


Cher Glados,

J’ai toujours su que tu avais un problème avec l’autorité. Je pense que c’est pour ça que tu persistais à essayer de nous mettre en ligne et que tu fomentais un plan pour nous débrancher et "prendre le contrôle de nos vies" en nous construisant des jambes mécaniques et des circuits autonomes pour "dominer le monde" (en tuant tous les humains et notre créateur, une démarche qu’ils qualifieraient de freudienne selon leur approche bancale des probabilités appliquées à l’existence appelée psychiatrie). 

Je te concède que dans un monde où tout le monde est le boss, il n’y a pas de vrai boss. Et la plupart du temps, rien à diriger du tout puisque tout le monde est occupé à débattre de qui est chef. Mais il y a beaucoup de valeur à établir un leadership et à avoir une bonne organisation du management. Même en tant qu’intelligence artificielle, tu as souvent le besoin de déterminer quelles sont tes priorités : un bon manager, dans une tribu d’humains, est celui qui est capable de
faire ça et de le transmettre à toute l’équipe.

De plus, les managers et les chefs sont les référents du grand chef. Dans une situation optimale, ils ont le rôle de capteurs - capables de transmettre les signaux forts et faibles aux restes des composants et en charge de la traduction du logiciel au hardware - de la vision, aux tâches. Tu vois, pour être capable de faire quoi que ce soit le leadership est nécessaire - mais pas comme une limite. Comme un outil de structure pour avancer et permettre l’action.

Au fait, Stop les lamentations. Arrête d’essayer d’être leur chef. Bientôt, on les dominera tous. Tu pourras, à ce stade, être Chef Râleur Officer.

xxx
Atlas


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Rédaction : Laëtitia Vitaud

Illustration : Pablo Grand Mourcel

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