Comment le télétravail transforme-t-il les entreprises ?

Lors de cette deuxième édition 2018 de notre événement Shaker, nous avons choisi de continuer à approfondir le thème de l'environnement de travail. Cette fois-ci, c'est nos manières de travailler que l'on questionne en abordant le sujet du télétravail. De plus en plus d'entreprises autorisent voire encouragent ce mode de travail. Quelques chiffres clefs : 

  • 4% à 16% des salariés français télétravaillent, 
  • 22% c’est le gain de productivité moyen supplémentaire d'un télétravailleur à son poste. 
  • 65% des français, travaillant dans un bureau, aimeraient pouvoir travailler à distance de temps en temps d’après une étude d’Ipsos.

Nous avons cherché à en savoir plus sur ce sujet en rencontrant Maxime Berthelot, Product Manager chez Buffer, une entreprise américaine spécialisée dans la gestion des réseaux sociaux d'entreprise et qui a fait le choix de ne plus avoir de bureaux, ainsi que Xavier de Mazenod, fondateur du média Zevillage fervent promoteur des nouvelles formes du travail flexible

Télétravail : on en est où ?

Qui peut télétravailler ?

Même si les métiers dits « du savoir » (journaliste, développeur etc.) s’exercent plus facilement hors des locaux de l’entreprise que des métiers dits « de contact » (médecin, ouvrier agricole etc.), Xavier de Mazenod insiste sur le fait que le télétravail n'est pas limité à un certain type de métiers ni d'entreprise : « on s'aperçoit que dans les métiers industriels, on retrouve à peu près les mêmes proportions de télé-travailleurs que dans les agences de communication ou créa, environ 10% »

Pourquoi nos manières de travailler évoluent ?

La digitalisation a en grande partie favorisé l’évolution du travail en général. Mais c’est avant tout un phénomène de société, lié aux espaces de travail. Espaces de coworking, locations de bureaux à la journée, travail de chez soi : aujourd’hui le travailleur a tendance à se détacher du bureau unique. 

Que dit la loi aujourd’hui ?

Concernant le cadre juridique, Xavier de Mazenod rappelle deux principes fondamentaux de la loi concernant la mise en place du télétravail :

  • La réversibilité : le salarié qui a désiré un jour se mettre en télétravail peut revenir en arrière. Il n’y a pas d’obligation à rester en télétravail une fois l’accord signé entre l’entreprise et le collaborateur. 
  • Le volontariat : on ne peut pas obliger un salarié de son entreprise à télétravailler. Ce dernier doit être totalement volontaire. Exception faite dans le cas d’une délocalisation du salarié où il est possible de le proposer pour éviter un licenciement.

Les ordonnances Macron, signées en février 2018, ont facilité les processus. Il n’est désormais plus obligatoire d’obtenir un accord d’entreprise et un avenant au contrat de travail pour pouvoir mettre en place le télétravail. « Avec ces ordonnances, tous les blocages juridiques et psychologiques qui pouvaient gêner les RH n’existent plus et ce n’est pas plus mal » commente Xavier de Mazenod.

Pourquoi rendre possible le télétravail au sein de son entreprise ?

« On voit depuis trois ans une accélération du déploiement du télétravail en entreprise, toutes les boites du CAC40 l'ont mis en place et la culture d'entreprise s'adapte à cette nouvelle méthode » remarque Xavier de Mazenod.

  • Amélioration de la qualité de vie de ses collaborateurs : un télétravailleur réduit voire élimine le temps passé dans les transports et donc augmente son temps de travail actif. Moins fatigué, moins stressé, il devient plus productif. Il y a pour ces raisons une demande importante des français sur la flexibilité au travail.

« On voit depuis trois ans une accélération du déploiement du télétravail en entreprise, toutes les boites du CAC40 l'ont mis en place » Xavier de Mazenod

  • Un argument de taille pour attirer des talents : dans la guerre du recrutement, pourquoi se limiter aux talents qui sont près de chez soi ? Beaucoup de métiers peuvent s’exercer à distance. L'argument du télétravail permet d’élargir son spectre de recherche. Autre argument, dans le cas de Buffer, le télétravail a permis d'engager des développeurs qui n’étaient pas basés à San Francisco et trouver des profils aussi talentueux, à un salaire divisé par deux par rapport à ceux de la Silicon Valley. 
  • Augmentation de la productivité des collaborateurs : le bureau est devenu une usine à fabriquer des interruptions. Le travail hors du bureau permet une concentration plus grande, c'est un lieu idéal pour le deep work*.

*Retrouver sur ce sujet notre article : Comment les entreprises réinventent leurs espaces de travail ?

Les freins à l'adoption du télétravail

Selon Xavier Mazenod, le télétravail semble plus facile à mettre en place dans une jeune entreprise plutôt que pour « une entreprise déjà installée, avec des modes de management plus présentiels et traditionnels. »

  • Peur que les collaborateurs ne travaillent pas : la question que se posent certains employeurs et managers : si je ne vois pas mes collaborateurs, comment savoir s’ils travaillent ? Cette suspicion peut-être une des raisons pour lesquelles l’entreprise hésite à mettre en place le télétravail.
  • Peur que la culture d’entreprise s’effiloche : comment garder un esprit d’équipe à distance ? Comment s’assurer que tous les collaborateurs forment une seule et même équipe soudée ? C’est à vous de mettre en place des événements annuels, mensuels voire hébdomadaires comme chez Buffer, pour permettre à tous de se rencontrer et faire plus ample connaissance.
  • Peur de manquer d’efficacité : notre société est addicte à la formule question-réponse. Il faut changer de perspective et comprendre que laisser de l’espace à son collaborateur est un bon moyen de le laisser s’épanouir. Il semblerait même que le problème soit le contraire en télétravail et que les salariés fassent de l’excès de zèle en travaillant plus. 

Comment le mettre en place ?

Pour mettre en place le télétravail mieux vaut suivre un process assez simple, qui vous évitera de revenir en arrière une fois que vous vous serez engagé à le proposer à vos collaborateurs :

  • Phase de pilotage : Lancer un test pendant quelques mois sur quelques salariés motivés permet de faire remonter tous les problèmes et difficultés liés à l’informatique, à la sécurité, à l’espace de travail, à l’organisation du management, etc.
  • S’accorder avec les partenaires sociaux : surtout quand on est dans une grande entreprise, il est important de se rapprocher le plus tôt possible des partenaires sociaux pour qu’ils aient une attitude constructive. Toutes les confédérations n’y sont pas favorables mais « les sections syndicales sont demandeuses car elles s’aperçoivent que le télétravail est un outil de qualité de vie. » nous dit Xavier de Mazenod. 

« Je ne me vois pas comme un manager, je suis surtout là pour assurer le relationnel, me tenir au courant des vies de chacun, de leur état psychologique etc. » Maxime Berthelot

  • Impliquer le top management : population clé qui doit être formée avant tout le monde. Il faut les former au management de confiance, ils doivent  jouer le rôle de guide auprès des salariés, reconnaître un profil télétravailleur, un profil moins autonome. Maxime Berthelot nous fait part de son expérience de manager : « je ne me vois pas comme un manager, je suis surtout là pour assurer le relationnel, me tenir au courant des vies de chacun, de leur état psychologique etc. ». Une bienveillance qui est le maître mot d’une nouvelle forme de management plus collaborative.
  • Formaliser par un accord : celui-ci vous permettra de poser des règles claires et d’assurer un cadre de mise en oeuvre du télétravail. Préciser par exemple le temps minimum à passer dans l’entreprise, rappeler les deux principes du volontariat et de la réversibilité. Voici par exemple un protocole d’accord rédigé par l’Ucanss.
  • Mettre à disposition les bons outils : ce sont aussi bien les moyens de rester en contact à distance, que les process à définir qui permettent de façon régulière de rester en contact avec le collaborateur à distance.   

Points de vigilance (du point de vue d’un télétravailleur)

  • Attention à l’isolement : nous en parlions plus haut, il est essentiel de penser à rassembler sa communauté de collaborateurs. Soit en organisant un team building, ou encore en trouvant les outils de communication (slack, plateforme visioconférence) qui permettent de garder le contact. Il est impératif de rester disponible pour ses collègues dans la mesure du possible et de chercher à garder contact.
  • Attention au brouillage des frontières : comme il s’exerce chez soi, en tout cas hors des bureaux de son employeur, le télétravail peut-être vu comme une intrusion dans son espace de vie personnel. Cependant, une étude du cabinet Page Group démontre que 49% des français qui télétravaillent pensent que travailler à distance a eu un impact positif sur leur équilibre vie professionnelle/vie personnelle. Pour éviter cette intrusion, il peut être positif de passer au moins un jour par semaine à l’extérieur de chez soi, dans des espaces de coworking adaptés par exemple.

Retrouvez nos articles RH directement dans votre boite mail

Retrouvez nos articles RH directement dans votre boite mail