Humain-machine : une nouvelle organisation du travail

Intelligence artificielle, nouvelles technologies, réalité augmentée, sont autant d’outils qui font et feront le monde du travail de demain. Alors que les grands acteurs mondiaux, américains ou asiatiques, ont déjà déployé des moyens considérables sur le sujet générant des gains de productivité conséquents et une amélioration du bien-être pour la population, les entreprises françaises multiplient à leur tour les expérimentations en la matière. La publication du rapport Villani le 27 mars dernier sur l’intelligence artificielle préconise de « donner du sens » à ces technologies, et appelle à une réflexion plus large sur leur articulation avec la sphère professionnelle. Il est aujourd’hui en effet impossible d’ignorer l’impact de ces nouvelles technologies à la fois en tant que nouveaux biens produits, comme les robots, mais surtout dans l’organisation du travail.

Un rapport du gouvernement de 2017, consacré à la mesure des impacts économiques et sociaux engendrés par l’intelligence artificielle, montrait justement que les interrogations sont nombreuses parmi les citoyens français sur le devenir de leur emploi avec l’introduction de nouvelles formes de technologies au travail. Le débat semble faire resurgir le spectre d’une disparition du travail par l’automatisation. Possibilité de travail « augmenté » et soulagement des tâches les plus pénibles et dangereuses pour l’homme, comment les technologies de rupture, telles que les robots, pourront-elles faire leur entrée dans nos modèles d’organisation du travail et figurer parmi les nouveaux défis auxquels les ressources humaines devront se confronter

De la réalité virtuelle au travail augmenté : une nouvelle façon de penser les modèles de production 

Multipliant les essais en matière de robotique en entreprise, c’est parmi un des fleurons de l’industrie Européenne, Airbus, que s’esquissent les premiers bilans concluants suite à l’introduction de réalité virtuelle directement dans la chaîne de production. Un exemple d’application au travail est l’arrivée d’outils de conception assistée par ordinateur au sein des service engineering de conception d’avion. Des maquettes numériques d’avions sont ainsi projetées en réalité virtuelle, permettant de simuler différents scénarios, de design ou de technicité. Des situations qui auraient été trop coûteuses, dangereuses ou impossibles à tester en grandeur nature, sont donc rendues possibles grâce à la réalité augmentée, en ajoutant des éléments virtuels dans un environnement donné. L’utilisation de la 3D virtuelle ne se limite pas qu’à la production, mais est aussi un outil de gestion des interactions entre les collaborateurs autour d’un projet

Capgemini Consulting soulignait dans son rapport prévisionnel sur l’impact des nouvelles technologies (2013) des retours d’expériences positifs sur les collectifs de travail mis en place autour de plateaux projets virtuels, permettant à des équipes dispersées géographiquement de collaborer efficacement. Les bénéfices sont évidemment économiques, avec une diminution des voyages et déplacements, mais également humains, avec des échanges moins formels et une multiplication des contacts entre les collaborateurs, créant une synergie et un potentiel d’innovation. L’optimisation de l’espace, notamment de la surface des bureaux, du fait d’une limitation du matériel, par sa virtualisation, est un autre avantage très concret de cette technologie dans les modèles de travail au quotidien.

© Thyssenkrup

La projection en réalité augmentée : une nouvelle manière de travailler

La réalité virtuelle a également un rôle à jouer dans le domaine de la formation des collaborateurs, sur le modèle de formations immersives et de mises en situations virtuelles. Schneider Electric par exemple forme ses collaborateurs aux risques de sécurité grâce aux casques de réalité virtuelle, disponibles à l’entrée des usines. L’université de Nantes utilise également cette technologie dans les enseignements de maintenance industrielle, en simulant des situations professionnelles avec une machine grâce aux masques immersifs. L’avantage est de mettre en scène le collaborateur en l’étudiant dans des environnement dangereux afin de tester sa réactivité et de lui fournir une formation adaptée. Pour la personne formée, cela permet aussi de reproduire à l’infini des situations professionnelles expérimentales afin d’en acquérir une plus grande maîtrise.

© Middle VR

Les casques de réalité virtuelle : une opportunité de formation immersive

À rebours de la traditionnelle « division des tâches » des modèles tayloristes et fordistes, la technologie donne la possibilité pour le salarié d’envisager de manière très globale son activité, et d’en avoir une maîtrise plus complète.

L’arrivée de ces technologies doit néanmoins s’accompagner d’une réflexion plus large sur l’organisation des rapports hiérarchiques au sein de l’entreprise, l’introduction de technologies s’accordant mal avec une structure trop corporatiste, pyramidale et rigide. 

Les rapports de management doivent également être repensés par l’entreprise, conséquence de la profonde modification des modes de travail. Le Centre National des Arts Métiers (CNAM) préconise ainsi quatre nouvelles compétences managériales stratégiques que l’entreprise devra acquérir dans le futur : des compétences numériques, des compétences d’agilité, pour apprendre les nouvelles méthodes de travail collaboratif, des compétences de « design thinking », pour innover au quotidien, et enfin des compétences d’interaction avec l’intelligence artificielle, afin de favoriser la création d’une relation « humain-machine »

Quand la machine devient aussi performante que l’homme : risques et nouvelles pratiques ?

Le cas Orange : vers une automatisation totale des services techniques

L’intelligence artificielle est la grande nouveauté de ces dernières années, et trouve déjà de multiples applications au monde de l’entreprise, notamment par des logiciels « intelligents » ou encore des robots-assistants ou Chatbot. Chez Orange par exemple, dans les services d’interventions techniques chez les clients, un logiciel s’occupe « seul » de l’affectation des ordres de travaux, par rapport aux plannings de technicien. Cette tâche représenterait jusqu’à 30% de l’activité d’un conducteur d’activité. Pour autant, contrairement aux craintes traditionnelles qui émergent face à la robotisation du travail, ce mode de fonctionnement n’est pas synonyme du remplacement de l’homme par la machine. La gestion de ce logiciel nécessite, en effet, l’acquisition de nouvelles compétences pour le collaborateur : le paramétrage informatique des besoins réels ou encore une assistance à la correction du logiciel.

La formation, clé de voûte des grandes transformations du travail 

La formation des salariés est donc absolument nécessaire, et permet en même temps une qualification augmentée de la personne, qui devient potentiellement polyvalente et technophile, et voit son activité se renouveler

Une transition numérique réussie passe ainsi par l’allocation d’un budget spécifique à la formation des collaborateurs, pour les familiariser avec les machines et comprendre l’étendue de l’activité. 

Cette transition est indissociable d’un couplage avec un accompagnement RH efficace pour une bonne compréhension globale de ses fonctions.

Robotique et intelligence artificielle : des mises en application industrielles réussies

L’intelligence artificielle peut également être envisagée plus traditionnellement comme une possibilité pour supprimer les tâches les plus pénibles et dangereuses d’un poste de travail, à la manière du robot collaboratif (« cobot »), notamment tel qu’il est développé par l’entreprise Sybot. Ce bras robotisé permet d’assister directement les opérateurs sur une chaîne de production en usine. Volkswagen utilise ce type de technologies dans son usine de Salzgitter, en faisant cohabiter les robots et les opérateurs. Les postes manuels s’en trouvent nécessairement améliorés et allégés d’une pénibilité certaine, permettant aux opérateurs de se concentrer davantage sur les tâches à plus grande valeur ajoutée.

© Faude.de

Wolkswagen fait cohabiter robots et ouvriers dans son usine de Salzgitter

Des technologies de rupture au service des équipes de demain 

Outre ces avantages concrets sur l’activité et le poste de travail (gains de temps, productivité et santé), l’intelligence artificielle apparaît comme un moyen de réinventer le monde des ressources humaines, notamment avec les assistants virtuels ou « Chatbot », qui se développent dans le domaine du recrutement. Alten en a d’ailleurs fait son nouveau canal de recrutement, avec son accompagnateur virtuel de recrutement Thibot, un avatar repérant les candidats sur Messenger, chargé d’engager la conversation et apporter des réponses aux intéressés. L’analyse des conversations (plus de 2 000 à ce stade) permet ensuite à l’entreprise de repérer les questions les plus fréquentes, les profils intéressés, et ainsi de pouvoir ajuster sa stratégie de recrutement. 

L’activité du recruteur en est profondément modifiée et renouvelée, le temps gagné à ne pas rechercher des centaines de profils permet de se concentrer sur l’aspect plus stratégique de l’activité : l’affinement d’une stratégie de marque employeur. En plus d’être un outil de gestion RH, Thibot est également un outil de marketing RH très ingénieux qui attire aujourd’hui les profils de candidats les plus sensibles à l’innovation et à la modernité.


© Alten

Thibot, le recruteur virtuel de Alten

L’intelligence artificielle, les nouvelles technologies et la réalité virtuelle sont et seront à l’origine de nombreux bouleversements du travail, d’un point de vu technique d’abord, relativement aux postes de travail, mais également en termes de changement de structure des activités et de perception différenciée du travail par l’individu. Ces changements, bénéfiques du point de vu de la productivité, devront néanmoins s’accompagner d’une réflexion globale sur l’organisation de l’entreprise, en repensant les rapports hiérarchiques, le management, et la politique de formation, piliers du succès de ces transformations.


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Rédaction : Johana Bolender

Photos : WTTJ

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